mercredi 27 mars 2013

[Livre] "Et n'attendre personne" d' Eric Genetet



"Et n'attendre personne" d'Eric Genetet 
Chez Editions Héloïse d'Ormesson 


En quelques mots : Alberto à 20 ans, il rencontre Isabella et en tombe fou amoureux. 20 ans plus tard ils forment un couple harmonieux. Le soir de son 20ème anniversaire, leur fils unique leur annonce qu'il part s'installer à New York. Même s'il n'en laisse rien paraître, cette nouvelle met Alberto KO. Alors que son fils s'en va, Isabella saisit l'opportunité professionnelle de travailler à Bruxelles... Lassé par son métier de photographe et au moment où ses repères familiaux ne sont plus, Alberto seul avec lui même réalise que sa vie commence peut-être aujourd'hui...

  • En deux mots :  changement & révélation
  • En 1 question : est ce que l'on répète l'histoire de ses parents?

SPOILERS MINIMUM 

Grâce au site Babelio et sa masse critique j'ai pu découvrir "Et n'attendre personne" d'Eric Genetet et que dire à part à nouveau : merci...

Premier livre que je lis d'Eric Genetet (et sûrement pas le dernier) "Et n'attendre personne" est un livre délicat que je recommande sincèrement. Il nous rappelle que tout n'est histoire que de choix... Qu'au moment où l'on croit tout perdre, peut-être que nous sommes en train de tout gagner... Qu'il ne faut attendre personne pour être heureux mais de l'être autant que possible en allant de l'avant...

Alberto est un jeune quarantenaire qui un samedi de juin, au café de l'Opéra, il y a 20 ans, a fait  la rencontre d'Isabella. Tout deux aux prénoms italiens mais bien français. A l'époque, il rêve d'aller à New York, il a 20 ans, il veut être photographe... Mais cette nouvelle rencontre est l'amour de sa vie et 10 mois plus tard un enfant vient bousculer tous ses plans... Il laisse alors ses rêves de NYC et  devient photographe professionnel à Strasbourg...
20 ans plus tard le fils, Manuel, fête ses 20 ans et annonce qu'il souhaite partir avec son groupe de musique à NYC pour enregistrer un album. Le fils réalise le rêve secret de ce père qui sait être si proche de lui alors que lui même repense à son propre père absent qui l'attendait enfant... Un père qui semblait aimer plus une vieille voiture que sa propre famille... Mais ce départ va amener plus d'un changement dans la vie d'Alberto, sa femme souhaite tenter l'aventure professionnelle d'un job à Bruxelles et lui va alors se retrouver face à son ennui...

De page en page nous allons découvrir qu'Alberto a quelques secrets... Au fil des pages on découvre qu'Alberto porte avec lui ses manques, ses failles et ses attentes... Subtilement l'auteur nous donne les clés pour le comprendre en évoquant ses envies, ses rêves ou ses peurs. On découvre alors qu'au moment où il croit tout perdre, il va finalement se découvrir lui même et surtout s'apercevoir que les repères qu'il s'est créé ne sont que des barrières qui l'empêchaient de se révéler vraiment.

J'ai au départ eu un peu de mal à savoir où se situait l'histoire, Paris, Strasbourg, New York et puis Alberto m'a finalement emporté dans ses réflexions et cela ne compte plus tellement...Mais les adeptes de Goethe capteront très vite que tout se passe à Strasbourg...

Vrai coup de coeur pour moi que cette histoire qui s'imbrique dans un passé qui se répète un peu. une filiation, un héritage... D'une histoire, de valeurs, de destin...
Est ce que l'on répète l'histoire de ses parents ou est ce que l'on la termine?
A vouloir être si différent de son père absent, il s'en est oublié lui même...

"Et n'attendre personne" c'est finalement l'histoire d'un homme qui au moment où tout change autour de lui, il se révèle à lui même. Il devient vraiment lui alors qu'il perd tout ce qui faisait ses repères... 

Un livre plein de petits clins d'oeil que l'on découvre pour le peu que l'on y fasse un peu attention, mais qui ne sont jamais vraiment soulignés... Comme lorsque que l'on découvre qu'Alberto voulait aller à New York l'année de ses 20 ans, que son père voulait y aller aussi mais que sa mère phobique de l'avion n'a jamais voulu y aller mais son propre fils réalisera lui, ce rêve commun de partir dans cette ville si mythique pour eux. Et puis, on note Alberto offrira pour les 20 ans de son fils le livre de "Gatsby le Magnifique" qui se déroule à New York alors qu'il ne savait pas encore qu'il allait y partir...  D'ailleurs, un peu fou de retrouver encore une fois ce livre ici. Un livre pourtant si triste sur cet homme qui fait tout pour l'amour d'une femme....

Un livre aussi qui évoque, à travers les souvenirs d'Alberto et de son père, l'enfance qui marque l'adulte que l'on devient... Le besoin que l'on peut avoir de faire un retour sur son passé au moment où son présent prend un avenir inattendu.

Avec justesse et finesse Eric Genetet pointe les émotions et les doutes avec des dialogues délicieux et chargés d'émotions entre père et fils.  Des échanges que n'a jamais pu avoir Alberto...

Coup de coeur également pour ce moment où Alberto fait défiler les moments forts et les moments clés de sa vie lors d'une espacade en voiture. Au fil des kilomètres avalés il fait défiler sa vie. Des moments très touchants qu'il partage avec nous et qui nous dévoile un peu plus de lui... L'homme, pas le père, pas le fils, mais l'homme.

154 pages comme une discussion un soir avec un pote autour d'un café, ou autour d'un verre un soir de rencontre. Alberto nous raconte un moment de sa vie. Il fait le point et nous explique ce qui l'a mené à aujourd'hui... Grâce à lui on comprend que n'attendre personne c'est finalement attendre tout...

8/10
En bref : Une rencontre qui percute nos émotions. Une rencontre qui pousse vers le vrai. Au moment où Alberto perd tout, il se révèle enfin à lui même et à la vie. Un livre qui nous rappelle que nos repères peuvent aussi être des liens qui nous empêche d'avancer et d'être nous même. Ils sont fondations mais ils doivent aussi nous pousser à être pleinement nous même. Un livre profondément honnête qui pointe les sentiments avec justesse et vérité. Alberto va de l'avant et nous pousse à faire de même.

Morceaux choisis / Citations :
"Elle n'avait pas dans les yeux cette lumière éteinte des femmes frustrées de n'avoir pas osé prendre le risque de se tromper."
"J'avalai un verre de plus, un verre de trop, le verre pour me laisser glisser dans la nuit comme dans de beaux draps."
 "Chacun semblait perdu dans ses pensées : Manuel à New York, avec sa musique, Charlotte à Paris pour la rentrée universitaire, Isabella à Bruxelles avec son directeur des programmes, je le supposais, et moi, c'était comme si j'étais toujours dans le massif du Mont-Blanc, suspendu à cette corde, au-dessus du vide."
"Ce jour là, la vie m'arrachait la prunelle de mes yeux"
"au cours de ce voyage retour, comme si je venais d'avoir un accident, ma vie fut projetée sur les reflets du pare-brise en un instant, une seconde d'éternité désordonnée : (...)"
 "Mes efforts pour masquer ma panique restaient vains. Je paradais dans le vide, je défilais sur tous les chars du carnaval de ma vie décolorée."
"Que pensez -vous de cette phrase : "une femme est le cadeau qui vous choisit"?
- si la femme est un cadeau, l'homme et un bakchich."
"Les gouvernements devraient réorganiser le travail, avec dégressivité en fonction de l'âge et du nombre d'années de boulot."
"La réussite et l'échec ne sont pas très éloignés, c'est la mer et le bord de mer. Parfois, il faut avoir la force de se jeter à l'eau. Si l'on reste sur le sable, ce n'est jamais un hasard, dit Antoine.
- Je suis d'accord, ajouta Manuel, la vie se joue sur des détails, mais surtout sur le travail, le don de soi et l'humilité.
- Il y a des gens qui triomphent avec arrogance, poursuit Catherine
- Oui, carrément. Je ne parlais pas de la modestie affichée de l'artiste, mais de celle qui coule dans les veines. Celle qui vient de loin, de l'enfance."
"Il me tendit une clé USB sur laquelle il avait déposé ses nouveaux morceaux et se mit à fendre l'air pour ne pas être en retard dans son tourbillon."
 "Je me fous de savoir pourquoi j'ai écrit ça et pourquoi les gens aiment ou détestent, parce que mon livre ne sera jamais reçu pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il provoque, tranche-t'elle sèchement".
"Un homme debout juste avant l'infini."

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